Guide pratique
Bien estimer ses propres habitudes
LifeTime ne mesure rien : il extrapole ce que tu lui donnes. La qualité du résultat dépend donc entièrement de la qualité de tes estimations. Voici comment les rendre nettement moins fausses en quelques minutes.
Pourquoi nos estimations sont mauvaises
Estimer soi-même une durée moyenne est un exercice où l'esprit humain se trompe de façon assez prévisible. Trois mécanismes reviennent constamment.
On répond avec la version de soi qu'on préfère
Les activités valorisées socialement — sport, lecture, cuisine, temps passé avec ses proches — sont systématiquement surestimées. Les activités jugées moins flatteuses — téléphone, écrans en général, télévision — sont sous-estimées. Ce n'est pas de la malhonnêteté : on se souvient mieux des fois où on a fait l'effort que des fois où on ne l'a pas fait.
On répond pour une semaine idéale
Interrogé sur une moyenne, on décrit spontanément une bonne semaine, pas une semaine typique. Les semaines où le sport a sauté, où la lecture n'a pas eu lieu, où tout a dérapé, sortent de la moyenne mentale alors qu'elles en font partie.
On oublie les petits morceaux
Les activités fragmentées en dizaines de courtes sessions sont massivement sous-estimées : consulter son téléphone deux minutes, quarante fois par jour, ne laisse aucun souvenir de durée, mais fait plus d'une heure. À l'inverse, les blocs longs et identifiables — une séance de sport, un film — sont plutôt bien estimés.
Cherche des repères plutôt que des souvenirs
Le meilleur réflexe est de remplacer l'introspection par une donnée réelle chaque fois qu'il en existe une. Beaucoup d'activités en laissent une trace :
- Téléphone. Ton téléphone tient déjà le compte. « Temps d'écran » sur iPhone, « Bien-être numérique » sur Android : les deux donnent une moyenne quotidienne sur la semaine. C'est le repère le plus fiable de tout le questionnaire, et généralement le plus surprenant.
- Jeux vidéo. Steam affiche les heures par jeu, les consoles publient un récapitulatif annuel, et la plupart des plateformes ont un historique. Additionner les gros titres suffit à cadrer l'ordre de grandeur.
- Séries et films. Un épisode fait 25 ou 45 minutes, un film environ deux heures. Compte en nombre d'épisodes par semaine plutôt qu'en heures, puis multiplie — c'est bien plus fiable que d'estimer directement une durée.
- Trajets. Ton itinéraire domicile-travail a une durée connue. Multiplie par deux, puis par le nombre de jours travaillés, et ajoute une marge pour le reste.
- Sommeil. Heure de coucher et heure de lever donnent le temps passé au lit. Retire un peu pour l'endormissement si tu veux être strict.
- Travail. Pars de ton contrat ou de tes horaires réels, pas de ton impression. N'oublie pas les heures supplémentaires si elles sont régulières.
Compte en semaine complète, week-end inclus
Pour les questions posées par semaine, la bonne méthode est de dérouler mentalement les sept jours plutôt que d'annoncer un chiffre global. Beaucoup d'activités ont un rythme très différent le week-end : les jeux vidéo, les sorties et les séries se concentrent souvent sur deux jours, tandis que les trajets disparaissent.
Pour les questions posées par jour, pense à l'inverse : ta moyenne doit inclure les jours où tu n'as rien fait. Une heure de cuisine cinq jours sur sept fait une moyenne de quarante-trois minutes, pas d'une heure.
Attention au double comptage
LifeTime traite chaque catégorie séparément et ne détecte aucun chevauchement. Si tu es sur ton téléphone devant une série, le temps est compté dans les deux.
Ce n'est pas forcément un problème — c'est même défendable, puisque tu fais réellement les deux. Mais il faut le savoir, et surtout rester cohérent d'une catégorie à l'autre. Le pire cas est d'être scrupuleux sur une catégorie et généreux sur une autre : les écarts entre catégories, qui sont l'intérêt principal du résultat, deviennent alors faux.
Utiliser les périodes correctement
C'est l'outil le plus puissant du questionnaire, et le plus souvent ignoré. Par défaut, une activité est comptée depuis ta naissance à ton rythme actuel — ce qui est absurde pour la plupart d'entre elles.
Fixer un âge de départ
Ajoute une première période à zéro heure jusqu'à l'âge où tu as réellement commencé. Sans ça, le questionnaire considère que tu utilises un téléphone depuis ta naissance.
De 14 à 30 ans → 3 h par jour
Les catégories les plus concernées sont le téléphone, les jeux vidéo, le travail, les courses, le ménage, l'administratif et les sorties.
Marquer les vraies ruptures
Inutile de découper finement. Une ou deux coupures suffisent, placées là où ton rythme a réellement basculé :
- l'entrée dans la vie active, qui change le travail, les trajets et les sorties ;
- l'arrivée d'un enfant, qui change à peu près tout ;
- un déménagement modifiant fortement les trajets ;
- l'arrivée du smartphone dans ta vie, pour la catégorie téléphone ;
- l'arrêt ou la reprise durable d'une pratique sportive.
Au-delà de trois ou quatre périodes, tu ajoutes de la fausse précision : tu estimes des rythmes anciens que tu ne connais plus, et l'incertitude grandit plus vite que la finesse.
Ne cherche pas une précision qui n'existe pas
Le calcul est déterministe, mais son point de départ ne l'est pas. Hésiter entre 2 h et 2 h 15 n'a aucune importance : l'écart final se compte en semaines sur trente ans, très en dessous de l'erreur de ton estimation.
Arrondis franchement, et concentre ton attention sur les catégories qui pèsent lourd. Se tromper d'une demi-heure par jour sur le sommeil déplace le résultat bien plus que de se tromper d'un facteur deux sur les loisirs créatifs.
Une bonne façon de procéder
- Fais une première passe rapide, simplement pour découvrir les dix-huit questions.
- Ouvre les statistiques d'écran de ton téléphone avant la seconde passe.
- Recommence en prenant le temps, et ajoute des périodes là où ça compte vraiment.
- Regarde d'abord les écarts entre catégories, pas les valeurs absolues.
- Note ce qui te surprend : c'est là que se trouve l'information utile.
Rien n'étant enregistré, recommencer ne coûte rien et n'écrase aucun historique.